
Chaque photographie est d'abord une rencontre.
Lorsque je regarde ces photographies anciennes, je suis souvent frappée par le poids du silence qui les habite.
Pendant des siècles, les femmes ont été enfermées dans des rôles étroits. Leur désir, leur plaisir et parfois même leur liberté intérieure ont été réduits au silence ou relégués à l'arrière-plan.
Derrière l'épouse, la mère, la muse ou l'objet de désir, j'imagine pourtant des femmes traversées par leurs propres rêves, leurs propres imaginaires et leurs propres désirs.
Mon travail est né d'une profonde tendresse pour ces femmes et d'une colère face à ce qui leur a été refusé.
En intervenant sur ces images anciennes, je cherche à rouvrir un espace longtemps confisqué : celui où une femme peut habiter pleinement son corps, son imaginaire et ses désirs.
Je ne peux pas changer leur histoire, mais je peux leur offrir un autre espace où exister.
Les photographies anciennes
Ce qui m'attire d'abord dans une photographie ancienne, c'est l'émotion qui s'en dégage et l'histoire qu'elle semble raconter.
J'observe le regard, les expressions, la posture. J'essaie de ressentir ce que la femme me laisse percevoir d'elle-même et ce qui se joue derrière les apparences.
Chaque photographie est une construction. Le cadrage, les vêtements, les accessoires, le décor ou la pose racontent autant l'époque que la personne représentée. J'aime observer comment l'image est fabriquée et ce qu'elle cherche à montrer.
Je m'interroge sur ce qu'elle raconte de cette femme : sert-elle la femme représentée ou le regard de celui qui la contemple ?
Derrière ces portraits, je perçois des femmes infiniment plus vastes que les rôles d'épouse, de mère, de muse ou d'objet de désir auxquels elles ont souvent été réduites.
Ces images deviennent alors le point de départ d'une rencontre, d'un dialogue silencieux dont naîtra la peinture.

Pourquoi le poulpe ?
Le poulpe est apparu dans mon travail avant même que je comprenne pleinement ce qu'il représentait.
D'abord compagnon bienveillant, il incarnait une présence masculine idéale : attentive, protectrice et profondément bienveillante, offrant aux femmes un espace de sécurité, douceur et réparation. Puis, au fil des œuvres, il s'est transformé. Il est devenu le langage du désir féminin.

Dans mes peintures, le poulpe n'est jamais un personnage figé.
Il est tour à tour compagnon, amant imaginaire, désir ou présence protectrice.
Il épouse les besoins et les aspirations de chaque femme. Il est à la fois la matérialisation de son désir et l'objet de ce désir.
Peu à peu, il devient indissociable d'elle.
À son contact, quelque chose longtemps réduit au silence retrouve la possibilité d'exister.
Le poulpe vient habiter un espace laissé vacant. Comme un fossile conserve l'empreinte de ce qui a disparu, il redonne corps à une part oubliée du désir féminin. Il participe d'abord à un mouvement de réparation, puis à une forme de réincarnation.
Dans mon travail, le désir n'est pas une fin en soi.
Il est une porte d'entrée vers un espace plus vaste où peuvent renaître le jeu, l'imaginaire, la sensualité, la puissance et la liberté intérieure.
Le poulpe accompagne cette transformation.
Il porte en lui une forme de masculinité douce, attentive et non dominatrice.
Il n'est ni un prédateur ni un sauveur.
Il accompagne, écoute, joue, protège parfois, désire aussi.
Sa présence permet à la femme d'explorer librement son propre espace intérieur.

Pourquoi le désir féminin ?
Lorsque je regarde ces photographies anciennes, je suis souvent frappée par le silence qui s'en dégage.
Pendant des siècles, les femmes ont été enfermées dans des rôles étroits. Leur désir, leur plaisir et parfois même leur liberté intérieure ont été réduits au silence.
Mon travail est né d'une profonde tendresse pour ces femmes et d'une colère face à ce qui leur a été refusé.
Je ne peux pas changer leur histoire, mais je peux leur offrir un autre espace où exister.
En intervenant sur ces images, je cherche plutôt à réparer symboliquement quelque chose. À rouvrir un espace longtemps confisqué : celui où une femme peut habiter pleinement son corps, son imaginaire et ses désirs.
Si mon travail porte une parole féministe, c'est une parole de réconciliation.
Elle ne cherche ni à inverser les rapports de domination ni à désigner des coupables.
À travers le désir, le jeu, la tendresse et l'imaginaire, je cherche un espace où le féminin et le masculin peuvent à nouveau se rencontrer et retrouver un équilibre..