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Démarche
Mon travail interroge la place accordée au désir et au plaisir féminin dans les images.
À travers des photographies anciennes et des figures issues de l’Histoire de l’Art, le poulpe devient un langage pour parler de liberté, de réappropriation et d’émancipation.

Chaque image est d'abord une rencontre.
Lorsque je regarde ces photographies anciennes, je suis souvent frappée par le poids du silence qui les habite.
Pendant des siècles, les femmes ont été enfermées dans des rôles étroits. Leur désir, leur plaisir et parfois même leur liberté intérieure ont été réduits au silence ou relégués à l'arrière-plan.
Derrière l'épouse, la mère, la muse ou l'objet de désir, j'imagine pourtant des femmes traversées par leurs propres rêves, leurs propres imaginaires et leurs propres désirs.
Mon travail est né d'une profonde tendresse pour ces femmes et d'une colère face à ce qui leur a été refusé.
En intervenant sur ces images anciennes, je cherche à rouvrir un espace longtemps confisqué : celui où une femme peut habiter pleinement son corps, son imaginaire et ses désirs.
Je ne peux pas changer leur histoire, mais je peux leur offrir un autre espace où exister.
Les photographies anciennes
Ce qui m'attire d'abord dans une photographie ancienne, c'est l'émotion qui s'en dégage et l'histoire qu'elle semble raconter.
J'observe le regard, les expressions, la posture. J'essaie de ressentir ce que la femme me laisse percevoir d'elle-même et ce qui se joue derrière les apparences.
Chaque photographie est une construction. Le cadrage, les vêtements, les accessoires, le décor ou la pose racontent autant l'époque que la personne représentée. J'aime observer comment l'image est fabriquée et ce qu'elle cherche à montrer.
Je m'interroge sur ce qu'elle raconte de cette femme : sert-elle la femme représentée ou le regard de celui qui la contemple ?
Derrière ces portraits, je perçois des femmes infiniment plus vastes que les rôles d'épouse, de mère, de muse ou d'objet de désir auxquels elles ont souvent été réduites.
Ces images deviennent alors le point de départ d'une rencontre, d'un dialogue silencieux dont naîtra la peinture.

L'envers de l'icône
Ce questionnement s’étend aujourd’hui aux grandes figures féminines de l’Histoire de l’Art.
Vénus, Maja, Madame X… Leurs visages, leurs corps et leurs poses ont traversé les siècles jusqu’à appartenir à notre mémoire collective.
Mais derrière l’image que nous connaissons, qu’éprouvaient-elles ? Que désirait Vénus au-delà du désir qu’elle inspirait ? Que restait-il de Madame X derrière l’élégance, la pose et le scandale ?
J’aime imaginer l’envers de l’icône : ce qui affleure derrière la beauté, le rôle ou la représentation.
Passer de l’autre côté de l’image pour retrouver une femme traversée par ses propres sensations, ses fantasmes et ses désirs.
Mon intervention vient alors troubler cette image familière et entrouvrir un autre récit.
Le désir n’est plus seulement celui que le spectateur projette sur elle : il peut devenir le sien.

Pourquoi le poulpe ?
Le poulpe est apparu dans mon travail avant même que je comprenne pleinement ce qu’il représentait.
D’abord présence douce et protectrice, il accompagnait des femmes en quête de sécurité, de douceur et de réparation.
Puis, au fil des œuvres, il s’est transformé. Il est devenu le langage du désir féminin.

Dans mes peintures, le poulpe n’est jamais un personnage figé.
Il est tour à tour compagnon, amant, fantasme, désir ou présence protectrice.
Il épouse les besoins et les aspirations de chaque femme.
Il peut être à la fois la matérialisation de son désir et l’objet de ce désir.
Lorsque le désir est réduit au silence, il ne disparaît pas complètement. Il laisse une trace.
Comme un fossile conserve l’empreinte de ce qui a existé, quelque chose demeure.
Le poulpe vient habiter cet espace. Il participe d’abord à un processus de réparation, puis redonne corps, mouvement et présence à ce qui attendait de reprendre vie.
Sa nature polymorphe lui permet de rester ambigu : parfois présence extérieure, parfois fantasme, parfois presque indissociable de ce qui émane de la femme.
Il devient ainsi un langage capable de donner forme à ce qui, autrement, resterait invisible.
Pourquoi le désir féminin ?

L’histoire de la sexualité dit beaucoup de la place accordée aux femmes, de la morale, de la religion et des rapports de pouvoir qui ont façonné les corps et les comportements.
Pendant longtemps, le plaisir féminin a été considéré comme secondaire, suspect ou honteux. Le désir des femmes a été contenu, contrôlé, parfois nié, tandis que leur corps était largement regardé, représenté et fantasmé.
C’est précisément cette contradiction qui traverse mon travail.
Je m’intéresse à ce qui se passe lorsqu’une femme cesse d’être seulement l’objet du désir pour devenir pleinement sujet de son propre plaisir.
Je revendique le droit des femmes à désirer et à jouir selon leurs propres critères, sans avoir à répondre à une définition imposée de la féminité, de la beauté ou de ce que devrait être leur comportement.
Dans mes peintures, le désir n’est pas quelque chose de honteux ou de secondaire. Il redevient une force vitale, une manière d’habiter pleinement son corps, son imaginaire et sa liberté.
Le plaisir ouvre alors un espace où peuvent renaître le jeu, la sensualité, le fantasme, la puissance et parfois quelque chose de l’ordre du sacré.
Ce qui a longtemps été culpabilisé peut alors retrouver sa beauté, sa force et sa légitimité.
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